Kurt Overhardt, l'ancien défenseur devenu juriste et agent de joueurs

NHL · L'agent ne fait pas que négocier les contrats de ses clients, il est également aux petits soins pour ses protégés afin de leur offrir de bonnes conditions de développement.

DE retour de DENVER, PATRICIA MORAND

Il venait d'assister au premier match de la saison de Colorado Avalanche avec son épouse, francophone, et il attendait David Aebischer dans la zone réservée aux invités des joueurs. Alexandra, l'amie du gardien fribourgeois de l'Avalanche, s'est chargée des présentations: «Kurt Overhardt, l'agent de David.» Jovial, le bonhomme s'est prêté au jeu de l'interview quelques jours plus tard dans son bureau situé dans un petit immeuble du «grand Denver» à une vingtaine de minutes du Pepsi Center.

«PROTéGER LES GARDIENS»

L'endroit n'est pas énorme: Kurt Overhardt, 38 ans, travaille avec un associé et un secrétaire. Des photos des joueurs représentés par l'agence mettent un peu de couleur sur les murs blancs. Près de l'entrée, chaque joueur est en action avec le maillot de son club. Dans le bureau du «boss», des remerciements et des signatures accompagnent les photos.
«Nous sommes deux et la plupart de nos joueurs sont des jeunes et des gardiens. Nous représentons la qualité, pas la quantité», souligne Kurt Overhardt dont l'un des «poulains» est David Aebischer depuis quatre ans, depuis que le gardien fribourgeois a fait le saut de la ligue américaine à la NHL, de Hershey à Denver. «Nous habitons dans la même ville est c'est plus facile», souligne l'amateur de glisse dont le snowboard et les «boots» attendent la neige dans un coin de la pièce. «J'ai grandi à Detroit (Michigan) mais il y a vingt ans que je suis à Denver. J'y suis venu pour mes études. Lorsque j'étais au collège, je jouais au hockey. J'étais défenseur, je protégeais les gardiens. C'est peut-être pour ça que je m'en occupe aujourd'hui... J'ai dû arrêter le hockey après une grave blessure au genou.»
Sa formation de juriste terminée il y a quatorze ans, Kurt Overhardt s'est lancé dans la profession d'agent de hockeyeurs. «C'était amusant car, à l'époque, il n'y avait pas de club de NHL à Denver. La franchise des Nordiques de Québec a été rachetée en 1995», se souvient-il. «Par contre, c'est très pratique géographiquement car l'aéroport de Denver est au centre de la carte de NHL. J'ai la possibilité de rendre visite à beaucoup de monde sans devoir faire trop d'heures d'avion.»
«Lorsque j'ai commencé, 36 agents exerçaient en NHL. Actuellement, il y en a 180, mais 30 agents représentent le 90% des joueurs», explique Kurt Overhardt qui a vu la profession se moderniser. «Le niveau des agents s'est amélioré. Pour être bon, il faut avoir une formation solide et des connaissances dans le commerce. Mon rôle premier est de négocier le contrat d'un joueur avec les représentants du club. Pour ça, je dois comprendre et connaître la convention collective (ndlr: l'actuelle prend fin l'été prochain et les négociations pour établir la nouvelle convention ont déjà commencé mais de gros différends existent et c'est pour cela qu'une grève est prévue l'automne prochain). Les joueurs ont des droits et il y a encore des particularités si le joueur n'a pas encore eu 25 ans. Ma deuxième responsabilité est de veil-ler au bien-être de mon client: le succès d'un client est aussi celui de l'agent. Je lui propose des activités pour son développement en été. Je suis également là pour régler les problèmes d'assurance par exemple.»

UN SALAIRE AU POUR-CENT

Si un agent est aux petits oignons pour son client, c'est aussi parce qu'il est payé en fonction. «J'ai un contrat avec le joueur et je touche un pourcentage sur son salaire», lâche Kurt Overhardt qui reste cependant discret sur le montant du pourcent. Concernant les négociations pour les contrats, il discute «pour la plupart du temps avec le manager général d'un club ou son assistant. Ce dernier est de plus en plus souvent un juriste. C'est pour cette raison qu'un agent ayant une formation de juriste est plus à l'aise.» PAM


Le contrat d'Aebischer à négocier au printemps

Une vingtaine des hockeyeurs représentés par Kurt Overhardt évoluent en NHL. Hormis David Aebischer (gardien, 25 ans, Colorado), il s'agit notamment de Marty Turco (gardien, 28 ans, Dallas), Steve Shields (gardien, 31 ans, Boston), Mike Morrison (gardien, 24 ans, Edmonton). «J'ai encore un gardien de 22 ans... En fait, je commence mon travail à la base et je suis les hockeyeurs depuis les ligues mineures.» En Suisse, l'agent américain a deux défenseurs: Greg Andrusak («c'était mon premier client») qui joue avec Coire et Brett Hauer (Genève-Servette).

Le contrat de David Aebischer avec Colorado Avalanche se terminera à la fin de cette saison. Actuellement gardien numéro un du club de Denver, le Fribourgeois devrait logiquement poursuivre son aventure en NHL au même endroit. «Pour l'instant, David doit juste jouer et aider l'équipe à gagner. Cela satisfera les dirigeants et cela m'aidera aussi pour les négociations concernant son contrat», lance Kurt Overhardt. «Mais nous n'avons pas encore abordé le sujet. Cela se fera au printemps. Pas avant. C'est intéressant, car David est encore jeune. Il est également à un tournant de sa carrière. C'est une grande chance pour lui. Personnellement, je pense qu'il restera dans cette organisation encore longtemps.»

LE TALENT ET LE CARACTèRE

L'agent connaît les habitudes de la maison et celles, principalement, du manager général Pierre Lacroix. «Pour moi, un gardien, c'est comme un quaterback au football américain. Il est le pilier de tout le système, la base du succès d'une équipe. Il doit avoir une présence.» Kurt Overhardt croit en son «poulain», même s'il n'ose pas l'affirmer trop fort. «J'apprécie David qui est quelqu'un de spécial. Il n'est pas seulement un grand gardien, mais il a une grande personnalité. Et pour moi, cela fait toute la différence. Je ne juge pas seulement un joueur sur ses performances, mais aussi sur son caractère. J'apprécie de bonnes relations avec mes clients. Mais nous ne sommes pas amis. Je reste le juriste tant qu'ils ont leur carrière devant eux.»
S'il n'était pas agent, Kurt Over-hardt fréquenterait tout de même les patinoires. «Je suis un grand fan de hockey. J'aime le jeu et le sport. C'est en moi», conclut-il. PAM