«C'est une grande année, mais ce n'est pas maintenant ou jamais»
David Aebischer · Après trois ans dans l'ombre de Patrick Roy à Colorado Avalanche, le gardien fribourgeois sera sous le feu des projecteurs dès demain pour le début de la saison de NHL.
DE DENVER, PATRICIA MORAND
Dites Patrick Roy et tout le monde ajoute Colorado Avalanche. Même le quidam rencontré dans les rues de Denver et qui n'a pas d'affinité particulière avec le hockey sur glace. Le gardien vedette a tiré sa révérence et les gens capables de citer le nom de son successeur désigné sont rares. David Aebischer porte pourtant depuis trois ans le maillot de l'Avalanche. Mais la précision paraît futile, dans l'ombre du célèbre numéro 33... Logique, donc, que personne n'ait reconnu «Abby» l'autre après-midi lorsqu'il est arrivé au rendez-vous en tenue décontractée dans l'énorme café «Brooklyn's» à quelques pas du Pepsi Center que les hockeyeurs de Colorado partagent avec les basketteurs des Nuggets (NBA). Si le Fribourgeois de 25 ans répond aux attentes placées en lui, il en sera autrement dans quelque temps. Tout cela est écrit dans les étoiles. L'actualité, c'est le coup d'envoi du championnat de NHL donné la nuit dernière avec notamment les New Jersey Devils, vainqueurs du dernier exercice. Le Fribourgeois et son club entre- ront en lice demain en accueillant Chicago.
David Aebischer, voilà bientôt deux mois que vous êtes à Denver. Pourquoi avoir quitté si tôt la Suisse cette année?
- Pour m'acclimater à l'altitude ici (ndlr: Denver se situe à près de 1600m) et à la météo (300 jours de soleil par année pour la capitale du Colorado où on peut encore se promener les manches nues actuellement). Mais c'était aussi pour poursuivre ma préparation tranquillement. Au fur et à mesure que les semaines passaient, tout le monde commençait à croire que j'allais être titulaire et les sollicitations se faisaient de plus en plus nombreuses. C'était un peu beaucoup et c'était mieux pour moi de partir. La première année, j'étais venu encore plus tôt: le 2 ou le 3 août...
Dans la peau du successeur de Patrick Roy, n'avez-vous pas eu également de nombreuses sollicitations à Denver?
- Nous sommes tous assez bien protégés par nos responsables des médias. Ce n'est pas comme en Suisse. Personne n'a ton numéro de téléphone, personne ne sait où tu habites. Les interviews personnalisés sont rares. En fait, les médias se contentent des conférences de presse et des disponibilités offertes pour parler avec les joueurs après les entraînements et les matchs.
Vous rendez-vous compte que de nombreux regards sont braqués sur vous?
- Oui, mais ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. C'est juste un peu plus fort car il y a plus de monde qui regarde. J'essaie de rester moi-même. Et puis, cela ne change en rien ma vie à côté de la glace, ni ce que je fais sur la glace. Il y a peut-être un peu plus de gens qui me reconnaissent et me saluent dans la rue...
Vous arrivez à la dernière marche de votre progression. On dit que c'est la plus dure...
- Il y aura toujours des marches à franchir! A 34 ans, Patrick Roy disait qu'il en avait encore après tout ce qu'il avait déjà gagné... Dans le sport professionnel en général, on n'a jamais terminé. C'est sûr qu'une grande chance se présente à moi. Mais je ne considère pas ça comme si c'était maintenant ou jamais. Je sais que c'est une grande année. Simplement.
Adolescent, vous parliez déjà de NHL comme d'un objectif. Avez-vous suivi le chemin que vous imaginiez?
- Oui et non. Il y a tant de chemins différents et tellement de facteurs qui entrent en ligne de compte qu'on ne peut pas décider d'une voie à suivre. J'ai atteint certains de mes objectifs et je suis en train de travailler à d'autres.
Pouvez-vous les détailler?
- Les objectifs atteints? Voici lesprincipaux: jouer en ligue A, être dans l'équipe nationale, jouer aux Etats-Unis, jouer en NHL, gagner la Coupe Stanley. Ceux qui me restent sont: gagner quelques Coupes Stanley (ndlr: il sourit), être champion du monde ou plutôt gagner au moins une médaille.
Avez-vous parlé à Patrick Roy ces derniers temps?
- Oui, et nous restons en contact. Je peux l'appeler si j'ai un problème ou pour n'importe quoi. Il est prêt à me conseiller. Je vais aussi lui demander comment il se sent dans sa nouvelle profession. Il est gérant d'une équipe de juniors majeurs, les Remparts de Québec.
Un plan a-t-il été établi pour la saison de NHL qui commence demain?
- Je vais prendre match après match et le club a décidé de faire la mê- me chose. Je jouerai demain et ensuite il sera temps de penser au match de dimanche. Pour un gardien, à ce niveau, c'est impossible de disputer les 82 matchs de la saison régulière. PAM
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«Je regarde droit devant moi»
David Aebischer, comment s'est déroulée votre préparation?
- En Suisse comme ici, cela s'est bien passé. Depuis que je suis à Denver, cela me fait du bien de ne me concentrer que sur une chose, le hockey sur glace, et de retrouver mes coéquipiers ou d'aller jouer au golf avec eux.
Constatez-vous un changement par rapport aux années précédentes?
- La seule chose nouvelle, c'est qu'il y a deux ou trois nouveaux coéquipiers dans le vestiaire alors que deux ou trois joueurs que tu connaissais sont partis. C'est le côté business du hockey et c'est identique chaque année. Il ne faut pas avoir de regrets de voir partir certains amis. Cela se passe comme ça durant toute une carrière. Les équipes changent. Wilsie est parti à Washington: j'avais joué avec lui deux ans à Hershey et une année ici. De Vries est désormais à New York: nous avons joué ensemble trois ans à Denver. On sait que cela arrive un jour. Les joueurs changent assez souvent.
Le comportement de vos coéquipiers à votre égard a-t-il changé?
- Non, pas du tout. Dans l'équipe, nous avons toujours été assez proches. Cela ne change rien qu'un joueur soit le meilleur buteur ou évolue avec la quatrième ligne, irrégulièrement. De mon côté, il n'y a aucune raison pour que je modifie mon comportement. En fait, nous sommes plus proches que des coéquipiers peuvent l'être dans une équipe en Suisse. C'est parce que nous sommes souvent sur la route. Les déplacements peuvent durer une ou deux semaines. Du coup, nous faisons plus de choses en commun qu'en Suisse.
Comment cela se passe-t-il avec Phil Sauvé qui a été désigné pour être votre doublure?
- Très bien. Nous nous connaissions déjà depuis les camps d'entraînement des années passées ou encore lorsqu'il est venu depuis Hershey alors que Patrick Roy était blessé ou comme troisième gardien durant les play-off.
Le risque de vous retrouver relégué en ligue américaine existe-t-il toujours?
- Oui, la sécurité n'existe pas. Mais je n'y pense pas. Je regarde droit devant moi. Je serai sur la glace demain pour bien faire. Le reste n'a pas d'importance.
Après Bob Hartley, vous êtes entraînés par Tony Granato. Quel est le changement?
- Les deux ont des caractères bien distincts. Ils sont de très bons entraîneurs avec des points forts différents. Hartley est plus strict, ce qui n'est pas mauvais. Granato est plus ouvert.
Quel regard posez-vous sur la saison qui commence?
- Avec l'organisation rodée de Colorado, chaque saison est importante. Nous avons une meilleure attaque que l'année dernière. Une ligne ou juste un peu plus marquait des buts. Cette année, nous avons quatre bonnes lignes. Nous sommes confiants. Défensivement, nous avons toujours été très forts ces dernières saisons et il n'y a pas de raison que cela change.
Vous n'avez pas disputé beaucoup de matchs de préparation...
- J'en ai joué trois et demi. Même quatre si on tient compte du match «burgundy-white» (ndlr: une rencontre interne). C'est plus que je n'ai jamais fait depuis que je suis à l'Avalanche.
On lit dans la presse nord-américaine que s'il devait y avoir un point faible, ce serait vous. Ressentez-vous de la pression?
- Je me mets de la pression moi-même et j'«ouvre les soupapes» comme je
l'entends. Les gens peuvent penser ou écrire n'importe quoi. Me mettre beaucoup
de pression m'a toujours amené un peu plus haut. J'attends beaucoup de moi.
C'est peut-être la raison pour laquelle je suis ici aujourd'hui.
PAM