Dorly Aebischer: «Je suis très protectrice»

David Aebischer vu par sa maman

JOËLLE MERMOUD

27 octobre 2003

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Plus de 8000 kilomètres séparent David Aebischer de sa famille. En septembre 1997, le Fribourgeois, alors âgé de 18 ans, quittait soudainement son petit monde pour intégrer l’organisation de l’Avalanche du Colorado, aux Etats-Unis. Avec le temps, ses parents ont fini par s’habituer à son absence. Souvent inquiète pour son fils, Dorothée (elle préfère Dorly) a appris à gérer tant bien que mal ses angoisses. S’il lui arrive d’avoir des moments de crainte, elle se souvient que son fils est heureux où il est. Et elle retrouve le sourire.

Comment avez-vous vécu le départ de David?

Tout s’est passé en 48 heures. C’était trop rapide! A l’époque, David avait 18 ans. J’estimais que c’était un peu trop tôt pour lui de partir si loin, si vite. Mais comment aurais-je pu l’empêcher de s’en aller? Depuis tout petit, il rêvait de jouer en NHL. Je ne pouvais pas lui refuser cette chance incroyable, alors j’ai pris sur moi... Les premiers mois ont été terribles, je pleurais souvent. Comme je suis une mère très protectrice, je m’inquiétais sans cesse pour David. Mais aujourd’hui je gère la distance beaucoup mieux.

Quels contacts avez-vous avec lui?

On s’appelle plus ou moins une fois par semaine. David m’a spécialement offert un natel pour qu’il puisse me joindre! Ce n’est pas évident, car il faut faire avec le décalage horaire, ses entraînements et ses matches. Tous les étés, il revient à la maison pour deux mois, sa chambre est toujours prête. Le revoir partir me fait toujours mal. Je ne retourne pas dans sa chambre pendant plusieurs jours, et puis ça finit par aller mieux! Chaque année, mon mari et moi allons chez lui, à Denver. J’aime beaucoup y aller. David habite une belle maison, dans laquelle j’ai ma chambre et mon propre balcon!

Comment gérez-vous la notoriété de David?

Les gens viennent souvent vers moi pour me parler de lui. Quand il traverse des périodes difficiles, ils partagent ma tristesse, et ma joie quand tout va bien. Ici, ils ont tendance à oublier que David fait partie d’une équipe, qu’il n’est pas le seul à faire tel ou tel résultat. C’est normal. Aux Etats-Unis, il n’est pas considéré comme une star. C’est l’équipe qui l’est. Et il en est très heureux. Je suis d’ailleurs impressionnée de voir que David n’a absolument pas changé depuis son départ. Il est resté lui-même, sans prendre la grosse tête.

Vous êtes sa première fan?

Bien sûr! Je me rappellerai toujours son premier match de NHL auquel nous avons assisté. J’étais dans tous mes états: impressionnée par les 18 000 spectateurs, émue de voir mon fils jouer, et angoissée que cela se passe mal pour lui. Je ne tiens pas en place pendant ses matches! Il est rare que je les suive jusqu’au bout, d’ailleurs. Nous allons essayer d’installer une chaîne qui nous permettra de voir ses matches à la télévision. Mais je sais déjà que je ne les regarderai pas... Cela me stresse trop!

De quoi avez-vous si peur?

Que les choses se passent mal pour lui, qu’il encaisse une ribambelle de buts, qu’il accumule les défaites... David est un gagnant, il déteste perdre. Je crains toujours qu’il soit triste. Il réalise son rêve, mais il n’a pas une vie facile et doit faire beaucoup de sacrifices. Je ne pense pas que je serais capable de vivre comme lui. Cependant, mes peurs se sont apaisées depuis qu’il vit avec son amie, Alexandra, qu’il aime depuis cinq ans. Cela me rassure de savoir qu’il n’est pas seul, et surtout qu’il est heureux là où il est.

David va-t-il rester toute sa vie aux Etats-Unis?

Si cela se passe bien pour lui, il devrait y rester encore une dizaine d’années, je pense. Mais quand viendra le jour où lui et Alexandra voudront des enfants, ils viendront certainement en Suisse. L’enseignement y est de meilleure qualité