Aebischer: « J'ai eu le temps de m'habituer à la pression »

 

 

Ol. B.

 

 

 

Le point. Modèle de persévérance, David Aebischer va entamer sa 7e saison en Amérique du Nord. Après avoir galéré à Chesapeake et Wheeling en East Coast Ligue, effectué ses gammes aux Hershey Bears (AHL) et poursuivi son apprentissage en NHL à Colorado Avalanche ces trois dernières saisons. Dans l'ombre de Patrick Roy qui vient d'annoncer sa retraite. La tactique du Fribourgeois s'est avérée payante: apprendre et attendre à Denver, plutôt que tenter sa chance dans une autre organisation moins prestigieuse. Malgré son nouveau statut, son salaire restera identique avec 550 000 dollars par année. Simple rappel: la rémunération moyenne d'un joueur de NHL se monte à 1,7 million de dollars.

Les perspectives. Pierre Lacroix s'est montré fidèle à sa parole. Le manager général de l'Avalanche avait plus ou moins assuré le Fribourgeois qu'il recevrait sa chance. Malgré la tentation, aucun gardien renommé (par exemple, Curtis Joseph des Detroit Red Wings) n'a été enrôlé. David Aebischer partira dans le rôle de portier numéro un, devant Phil Sauvé, élu meilleur joueur de l'année (MVP) aux Hershey Bears, le club-ferme de Colorado Avalanche. « Je le connais des camps d'entraînement, c'est un gardien solide, relève le Suisse. A ce niveau, il n'y a que des bons gardiens. Il faut seulement se montrer meilleur !»

David Aebischer, ce sera bientôt l'heure de vérité pour vous ...

? Disons que ce sera en tout cas un grand moment pour moi. Mais j'en ai l'habitude. Depuis que je suis en Amérique du Nord, je dois tout le temps prouver quelque chose. A moi désormais de montrer que je suis capable d'être un numéro un à mon poste. Et si j'y parviens, la pression sera identique la saison d'après, car je devrai alors confirmer. Cela ne s'arrête jamais en NHL.

La pression est permanente. En cas de performances moyennes, les dirigeants risquent de réagir assez vite ...

? Cela ne me préoccupe pas. C'est le sport professionnel d'aujourd'hui et il faut vivre avec. De toute façon, je ne peux pas beaucoup influer sur les décisions de mes supérieurs. Mais je leur suis reconnaissant de la confiance qu'ils me témoignent. J'avais eu des discussions fructueuses avec Pierre Lacroix, mais dans ce milieu, rien n'est jamais acquis.

Qu'avez-vous ressenti en apprenant que vous débuteriez la saison comme titulaire ?

? Je joue dans la meilleure ligue du monde depuis trois ans. Je franchis une étape supplémentaire. Je suis conscient du bonheur que j'ai de pouvoir exercer mon métier. Pour l'instant, je suis excité de recevoir une opportunité pareille. Après, je risque d'être un peu nerveux. Mais j'en ai l'habitude. Les effets seront même positifs. Patrick Roy a pris une décision mûrement réfléchie, il me l'a communiquée avant qu'elle devienne officielle.

Forcément, les comparaisons avec Patrick Roy ne vont pas vous épargner ...

? Personne ne peut remplacer Patrick Roy. Je prends simplement sa place, c'est différent. Les discussions ne manqueront pas, c'est certain. Mais je ne prête pas attention à toutes ces rumeurs. Si je produis de bonnes performances, si le management, mes coéquipiers et mes entraîneurs sont satisfaits de moi, cela suffira.

Pourquoi seuls deux gardiens suisses et aucun joueur de champ sont parvenus à s'établir en NHL ?

? Ce n'est pas un hasard. Ces cinq, six dernières années, les gardiens suisses ont franchi un palier plus rapidement que les joueurs de champ. Cela devrait changer. Je suis persuadé que des défenseurs et attaquants nous rejoindront bientôt en NHL.

Tribune de Genève, 23.07.2003, p. 26